Adapter le français à votre contexte

Réviser un texte ne consiste pas tout le temps à choisir la forme correcte : c’est aussi choisir la faute, ou des régionalismes et des registres de langues peu orthodoxes pour que votre texte soit cohérent et compris de vos lecteurs.

Voici un exemple, inspiré d’une capsule de Guy Bertrand sur l’emploi du mot « dash ». La phrase suivante est-elle correcte?

 

Le dernier film de Robin Villeneuve fesse dans le dash!

 

Réponse : tout dépend de la situation de communication.

Dans une publication gouvernementale, cette phrase serait incorrecte : elle est d’un registre familier et comporte un anglicisme. On devrait lui préférer une phrase plus neutre, comme : « Le dernier film de Robin Villeneuve est un film coup-de-poing! »

Toutefois, si cette phrase est publiée dans une revue artistique en ligne qui adopte volontairement un langage familier, aucun problème. Même chose si elle est prononcée par le personnage d’un roman policier dont l’action se déroule à Montréal: elle sera appropriée (à condition que le personnage s’exprime couramment avec des anglicismes).

Inversement, si le personnage mis en scène dans ce roman québécois vient de la France ou de la Belgique, lui faire dire « fesser dans le dash » serait peu crédible. Dans un même ordre d’idée, si vous écrivez un texte destiné au public de l’Hexagone, certaines expressions populaires québécoises seront incomprises, au même titre que certaines expressions populaires françaises chez nous. Par exemple, notre « Il ne faut pas être plus catholique que le pape » a un équivalent hexagonal bien précis : « Il ne faut pas être plus royaliste que le roi. » De leur côté, les Britanniques disent : « No need to be more anglican than the queen » [« Il ne faut pas être plus anglicane que la reine. »].  Dans un roman, on pourrait s’attendre à ce qu’un Londonien en voyage au Québec emploie cette dernière expression, traduite littéralement en français.

Dans ces situations, le réviseur doit appeler à la rescousse son flair, des dictionnaires spécialisés… et ses amis d’outre-Atlantique! (Heureusement, je peux compter sur plusieurs d’entre eux!)

 

Références

Bertrand, G. (2010). 400 capsules linguistiques. Montréal : Michel Brûlé. pp. 172-173.

DesRuisseaux, P. (2009). Dictionnaire des proverbes, dictons et adages québécois. Montréal : Bibliothèque québécoise. p. 43.