S’y retrouver

Le français a de nombreux visages. Non seulement il recèle une infinité de cas de figure, mais en plus il évolue constamment, comme toute langue vivante. Il est difficile de s’y retrouver, même si nous avons tous suivi des cours de français au primaire, au secondaire et au collégial. Et même si nous nous imposons comme devoir de bien connaître notre langue. Pourquoi alors, dans un contexte professionnel, ne pas solliciter un spécialiste du français quand on doit soi-même se consacrer à d’autres tâches?

Une infinité de cas de figure

Tous ceux qui sont passés par l’éducation obligatoire (7 ans d’école primaire et 5 ans d’école secondaire) ont consacré beaucoup d’heures à mémoriser les conjugaisons de la langue française et des règles de grammaire. Seulement, quand, ensuite, on doit rédiger des textes hors du milieu scolaire, on se retrouve toujours à générer des cas de figure que nous n’avons pas vus en classe. Si l’on se retrouve face à l’un de ces cas, comment trouver les règles adéquates? Quels ouvrages consulter? C’est là qu’un réviseur peut se révéler utile : il peut analyser votre problème, identifier le cas en question, trouver la règle dans l’ouvrage approprié et vous proposer la solution.

Voici un exemple, celui du titre d’un spectacle sur une affiche annonçant le concert d’un groupe musical commandité, disons, par la Ville de Montréal. Le titre du spectacle : « Les androïdes électriques ». Le commanditaire : la Ville de Montréal. Laquelle des deux propositions de titre suivantes est la bonne?

1) Les androïdes électriques, présenté par la mairie de Québec.

2) Les androïdes électriques, présentés par la mairie de Québec.

Comment accorder le verbe? Si on considère que le sujet est le concert lui-même, sans référence au contenu du titre, on pourrait choisir la première phrase. Mais si on pense au contenu du titre, on préférera la deuxième. Comment choisir judicieusement?

Un réviseur linguistique pourra identifier la nature du problème et trouver la règle adéquate – ici un accord du participe passé avec le titre d’une œuvre ou d’un événement. Si l’on consulte Le bon usage de Grevisse, la bible des réviseurs, on découvrira… que les deux formes sont acceptables!

Mais… il y a une situation où le choix n’est pas permis : lorsque le titre du spectacle (ou de l’œuvre) fait référence au genre littéraire de l’œuvre mise en scène (ou de l’œuvre qui constitue le sujet de la phrase). Ainsi, si dans un spectacle un Acteur Célèbre nous lit la correspondance de Gabrielle Roy, l’affiche devrait dire : « Les lettres de Gabrielle Roy, lues par Acteur Célèbre », et non « Les lettres de Gabrielle Roy, lu par Acteur Célèbre ».

Dans le cas des androïdes électriques, le réviseur nous aurait dit de choisir la forme que l’on veut, tant que l’on reste cohérent et que l’on applique la même forme à nos autres affiches. Son intervention nous aura toutefois permis d’apprendre que le choix est interdit dans certaines situations – que nous pourrons maintenant reconnaître à l’avenir!

(Si vous vous posez la question, j’ai volontairement omis de placer le nom d’un acteur célèbre dans mes exemples, parce que je n’en connais aucun et que je ne voulais pas susciter de mécontentement pour « emploi illégitime du nom d’une célébrité! »)

Une évolution perpétuelle

Le français est une langue vivante. Qui dit « langue vivante » dit « langue qui évolue ». De nouveaux mots et de nouvelles règles entrent régulièrement dans le français, et d’anciens mots et d’anciennes règles en sortent. Ce que vous avez appris à l’école n’est peut-être plus d’actualité. Et, on s’entend, vous avez sûrement d’autres choses à faire, sur les plans professionnels, que de vous tenir au courant des moindres décisions de l’Office québécois de la langue française ou de l’Académie française. Le réviseur est justement le spécialiste qui, lui, doit se tenir au courant.

Un exemple? L’emploi du verbe « réaliser » dans le sens de « comprendre », « prendre conscience de quelque chose », a été longuement considéré comme un anglicisme et critiqué. Aujourd’hui toutefois, il est entré dans l’usage et n’est plus rejeté comme jadis.

 

Références

de Villers, M.-É. (2015). Multidictionnaire de la langue française. Montréal: QuébecAmérique. p. 1490.

Grevisse, M. & Goosse, A. (2011). Le bon usage. 15e édition. Bruxelles : De Boeck-Duculot. pp. 574-577. (Paragraphe §439).